Ceuta: des partis marocains accusés de lectures électoralistes
La réaction de plusieurs partis marocains aux événements de Ceuta est vivement critiquée pour son prisme jugé réducteur et sa tonalité électoraliste. Le PJD et le RNI sont particulièrement visés, l’un pour avoir trop parlé, l’autre pour avoir tardé à le faire.

La réaction de la plupart des partis marocains aux événements douloureux de Ceuta suscite de vives critiques, alors que les principaux éléments de l’affaire sont désormais connus. Une première lecture de ces prises de position fait ressortir, selon cette analyse, un double écueil: certains partis auraient mieux fait de se taire, quand d’autres auraient au contraire dû parler plus tôt.
Le fil conducteur de plusieurs déclarations partisanes tient à une lecture jugée unidimensionnelle de la crise. Ces formations ont ramené l’épisode à la seule responsabilité du gouvernement et à la question sociale, en invoquant tour à tour le désespoir, le chômage aigu ou l’absence de perspectives.
Un second reproche porte sur l’exploitation du contexte électoral. Les événements auraient ainsi été utilisés pour engranger des gains politiques et solder des comptes, un travers imputé aussi bien à des partis de l’opposition qu’à des composantes de la majorité.
Entre les appels à sanctionner l’exécutif et les plaidoyers pour faire des prochaines législatives un moment de mobilisation afin de faire émerger un gouvernement capable d’agir sur l’emploi, l’éducation, la formation, l’initiative privée et la justice territoriale, plusieurs formations sont accusées d’avoir replacé la séquence dans un calcul partisan. D’autres auraient même transformé l’affaire en procès implicite du système politique et partisan.
Une troisième constante ressort de ces réactions: la dramatisation et la construction de récits jugés flottants. Cette critique s’appuie notamment sur deux exemples, présentés comme emblématiques d’une parole partisane mal ajustée à la gravité et à la complexité de l’événement.
Le premier concerne le Parti de la justice et du développement. Le PJD a réclamé la création d’une « commission nationale d’enquête sur les événements de Ceuta », une initiative perçue comme une manière de fixer d’emblée la responsabilité du côté marocain, sans intégrer les autres acteurs impliqués.
Le communiqué du parti, dirigé par son secrétaire général Abdelilah Benkirane, évoque un « aveu de faillite sur les plans éducatif, culturel, politique, social et économique ». Il ajoute des accusations sur les « tentatives répétées de perturber le processus démocratique », de vider les institutions élues de leurs prérogatives et d’affaiblir l’acteur politique et partisan.
Cette lecture est critiquée pour avoir imputé l’essentiel de la responsabilité à la seule situation intérieure. Elle aurait laissé de côté les conditions de la migration, la nature de la relation avec l’Espagne et l’Europe, la gestion des flux migratoires, ainsi qu’une décision judiciaire espagnole décrite comme suspecte au sujet du refus du « retour immédiat » de personnes ayant rejoint Ceuta par la mer.
D’autres partis sont accusés d’avoir suivi la même ligne, en ne voyant dans ce passage massif qu’une conséquence directe des échecs de la politique gouvernementale en matière d’emploi ou d’enseignement. Ces positions sont jugées incomplètes, car elles n’aborderaient ni l’enjeu migratoire, ni les réseaux tirant profit des drames vécus par des Marocains.
Le second exemple vise le Rassemblement national des indépendants, parti qui conduit le gouvernement. Le RNI n’a publié un communiqué sur les événements que quatre jours après leur survenue, soit après une prise de parole du ministère de l’Intérieur par la voix de son porte-parole, son communiqué ayant été diffusé le 2 août.
Il lui est reproché d’avoir gardé le silence au moment où il aurait dû s’exprimer, notamment sur la question des décès, sur les critiques visant ses politiques à destination des jeunes et sur la défense du processus de développement conduit par le Roi. Son bureau politique a finalement estimé que « les derniers événements devraient constituer un point de bascule » dans le traitement des questions de la jeunesse, à travers des politiques publiques plus globales et intégrées.
Au final, cette séquence est présentée comme révélatrice des priorités du champ partisan face à une crise dont tous les ressorts n’étaient pas encore apparus au moment des premières réactions. Sources: Barlamane FR




